Amy avait 12 ans lorsque son petit monde a basculé, lors d'une excursion en famille à Rothesay sur la côte ouest de l'Écosse. Sa mamy lui avait donné un peu d'argent pour se faire plaisir. Au lieu de troquer des glaces contre son billet, elle opta pour le CD de Travis, The Man Who. Ce fut le tout premier disque d'Amy, mais aussi une révélation : des chansons simples (“Driftwood”, “Why Does It Always Rain On Me?”, “Writing To Reach You”), interprétées avec brio, qui résonnaient avec force dans ses oreilles et dans sa tête.
Suivant son inspiration, Amy dénicha l'une des guitares de son père traînant au hasard dans la maison. Il n'en jouait jamais. Il n'avait jamais fait partie d'un groupe et s'était contenté de gratouiller les cordes de son instrument avec ses amis quand il était plus jeune. Amy a donc appris à jouer de la guitare en autodidacte. Pas d'héritage génétique, ni même de cours. Juste une bonne oreille et quelques exemples d'accords trouvés sur Internet. Mais surtout un désir violent, brûlant d'écrire et de jouer des chansons.
Au début, elle jouait seulement ses refrains préférés diffusés à la radio. Et puis un jour, elle était assise dans la chambre de sa grande s½ur. Elle vouait un véritable culte à Ewan McGregor, l'un des murs de sa chambre était couvert des posters de la star du film Trainspotting. Amy y a réfléchi et a écrit “The Wall”, “une chanson à propos des gens qui idolâtrent les stars”. Les paroles disaient : “Tu ne cesses jamais de m'émerveiller”, “Tout ce que tu fais me rend heureuse.” Ça ne valait pas grand-chose, mais les sentiments révélaient une sagesse rare pour son âge.
La première
vraie chanson écrite par Amy s'appelait “Fade Away”. Là encore, c'est la passion de sa s½ur pour les personnes célèbres qui l'a inspirée. Au banc des accusés cette fois-ci,
les Red Hot Chili Peppers. A cette époque, Amy était
en troisième au collège (neuvième année en Angleterre). Un groupe de musique du quartier, Impact Arts, avait été invité par l'école.
Des musiciens locaux, dont un membre de
The Bluebells (Young At Heart), un groupe pop écossais des années 80, venu travailler avec les enfants vouant un intérêt pour la musique. Le niveau d'Amy étant
nettement supérieur à celui de ses camarades, elle se produisait peu après
en concert à Glasgow avec les membres d'Impact.
Elle était seule sur scène avec sa guitare acoustique. Elle n'avait
que 15 ans. Elle jouait principalement ses propres chansons hormis quelques reprises : “Everybody Hurts” de REM et “Mad World” de Tears For Fears, “
la version lente”, précise Amy, celle de Donnie Darko. “Ce n'était pas
encore un single et j'étais loin d'imaginer que ce serait la plus grosse
vente de Noël. J'adorais tellement Jake Gyllenhaal. Il est tout
simplement la chose la plus merveilleuse au monde.” Pas encore à l'abri d'un léger culte de la star, Amy a écrit plus tard une chanson à propos de l'acteur, LA. Ça lui a
pris cinq minutes. Cela en dit long sur le lien qu'elle entretient
avec lui (et sur l'ampleur de son talent).
Elle commença à passer du temps avec d'autres musiciens de son âge. “A 16 ans, mes amis et moi, on avait l'habitude de passer nos samedis après-midi dans un pub de la Sauchiehall Street où je pouvais jouer de la guitare acoustique. Nous étions cachés au fond jusqu'à ce que ce soit mon tour. J'ai reçu un bon accueil et ça m'a un peu encouragé.” Elle a quitté les bancs de l'école assez tôt, malgré son admission dans deux universités. Elle a repoussé son entrée d'une année et est restée chez elle à écrire, jouer et lire le magazine NME. Ou encore à aller voir Babyshambles en concert. Et pas qu'un peu. “Dieu sait combien de fois je les ai vus”, dit-elle dans un sourire. “J'ai vu le premier concert de Pete Doherty à Glasgow après son départ des Libertines. C'était une soirée extraordinaire – il a aussi tapé un petit b½uf acoustique après le concert, et on est complètement rentrés dedans. Puis, avec mes compères, on est allé se réfugier chez quelqu'un pour s'asseoir et faire tourner la guitare, chanter quelques morceaux. Quelle nuit ! Le lendemain matin, j'ai écrit “This Is The Life” car, après tout, c'est bien ça, la vraie vie.”
Au cours de son année sabbatique, Amy commença à envoyer des maquettes, enregistrées sur huit pistes dans sa chambre, à des maisons de disques et boîtes de production de nouveaux talents faisant leur promotion au dos du NME. Après quelques sursauts d'intérêt, elle fut finalement enrôlée par Melodramatic Records, une société de production londonienne dirigée par Pete Wilkinson. Il aida Amy, encore mineure, à enregistrer des versions de meilleure qualité de ses chansons, et la motiva sur le plan créatif. En l'espace de six mois, elle avait déjà signé des contrats d'édition et d'enregistrement.
Aux côtés de Wilkinson en production à Soho et la légende du rock Bob Clearmountain sur un set à Los Angeles, Amy Macdonald a enregistré son premier album. Il déborde de morceaux sensationnels. On y trouve “This Is The Life” mais aussi “Mr Rock & Roll”, interprété par la voix chaude, cristalline et fougueuse d'Amy, dont le sens du rythme envoûtant et les ch½urs ne manqueraient pas d'épater les adeptes du T In The Park.
Ce n'est pas un hasard si l'une des chansons les plus touchantes sur le premier album d'Amy Macdonald est “Let's Start A Band”, dont l'ambiance prenante est renforcée par les trompettes : une chanson simple, brillamment interprétée, qui résonne avec puissance dans les oreilles et dans la tête, et qui rappelle combien aimer un groupe, le suivre et en faire partie constituent un lien magique. Quand on est adolescent, c'est tout ce qui compte